Reprendre le contrôle du récit national : la présidentielle anticipée comme acte fondateur ?

Il ne s’agit absolument pas d’un choix partisan, mais du constat objectif d’une dynamique devenue incontournable : face à la crise politique, seule une présidentielle anticipée peut restaurer la confiance institutionnelle et remettre la France sur le chemin de la stabilité nationale.

C'est aussi et surtout pour le Président la seule et unique façon de reprendre le contrôle du récit national.

Tiraillée par une crise politique sans précédent, la France se confronte aujourd’hui à une équation sans solution évidente ni sortie indolore pour le président de la République. À ce carrefour historique, trois voies s’offrent à Emmanuel Macron, mais chacune révèle l’épuisement du modèle institutionnel et la perte de maîtrise de l’exécutif sur sa propre destinée.

Première option : s’accrocher au pouvoir

La première option consisterait à s’accrocher au pouvoir et tenter de gouverner avec une majorité improbable. Dans une Assemblée éclatée, incapable de soutenir durablement l’exécutif, ce scénario mènerait au chaos institutionnel et économique. Alliances de circonstance, blocages permanents ou compromis stériles risqueraient de paralyser l’élaboration des lois budgétaires et de compromettre la capacité d’action de l’État. À terme, la France s’exposerait à une paralysie institutionnelle, à une succession de crises gouvernementales et à une exacerbation du fossé de défiance entre la société et ses dirigeants.

 

Seconde option : la dissolution ou la démission

La deuxième hypothèse, celle d’une dissolution de l’Assemblée ou d’une démission du chef de l’État, apparaît tout aussi périlleuse. Dissoudre l’Assemblée, dans un contexte de fragmentation politique, reviendrait à prendre le risque d’une Chambre nouvelle tout aussi ingouvernable, renouvelant l’échec du consensus et l’installation durable de l’instabilité. Quant à la démission, elle ouvrirait la voie à une présidence par intérim, période d’incertitude institutionnelle accrue et de perte d’influence pour la France, à un moment critique tant pour sa cohésion interne que pour son rôle européen.

 

Dernière option : l'anticipation des élections présidentielles

Demeure donc la seule alternative crédible : avancer le calendrier présidentiel et organiser, sans attendre 2027, une élection anticipée. Ce choix répond à l’urgence démocratique, car il brise le cercle vicieux de la crise permanente, rend à la nation la parole et offre une clarification en profondeur du paysage politique. Plutôt que de s’obstiner dans l’impasse ou de s’en remettre à des solutions temporaires, permettre au pays de choisir son cap par le suffrage universel permettrait de restaurer la légitimité du pouvoir exécutif, de recréer la confiance et de replacer la France sur une trajectoire de stabilité.

Au-delà de l’urgence, ce scénario est porteur d’une véritable refondation démocratique. Organiser une présidentielle anticipée offre à la société la possibilité de renouer avec un débat pleinement ouvert : une confrontation de projets, de programmes, et de visions, assortie d’un calendrier électoral garantissant à la campagne le temps nécessaire pour refléter la diversité et la pluralité du pays. Toutes les forces politiques pourraient ainsi présenter leur réponse à la crise et défendre leurs propositions devant les Français.

De surcroît, le couplage entre présidentielles et législatives – les secondes suivant immédiatement l’élection du chef de l’État – est une condition essentielle de la stabilité. Cette articulation évite les blocages chroniques, assure une cohérence politique et offre au président fraîchement élu un mandat clair et une majorité solide pour appliquer son programme. Ce calendrier, qui confère toute sa légitimité à l’exécutif, permet à l’action publique la continuité requise pour répondre efficacement aux défis du moment et réaligne institutions et volonté du peuple derrière un projet porteur, restauré par le suffrage universel.

 

Ouvrir ce cycle électoral, c’est ainsi offrir à la République une réelle chance de sortir par le haut de la crise, en respectant la souveraineté des citoyens tout en rendant possible une nouvelle dynamique collective et nationale, à la hauteur des enjeux et du contexte historique que traverse le pays.

C’est aussi, pour le pouvoir politique en place, la seule et unique façon de reprendre le contrôle du récit national. Après des mois de crises subies et d’impuissance ciblé au grand jour, ce choix remettrait l’exécutif en position d’ouvrir un nouveau chapitre : il fixerait le tempo, imposerait une dramaturgie tournée non plus vers la défensive mais vers un projet et des débats de fond, et rendrait à l’action publique une portée structurante. Offrir ce temps du débat et de la décision, c’est redonner à la politique sa fonction première : raconter et construire un avenir collectif, plutôt que subir sans cesse la fragmentation et la perte de sens imposées par la crise permanente.