Le sens avant les mots

« Ce qui importe avant tout, c’est que le sens gouverne le choix des mots, et non l’inverse. » Georges Orwell, La politique et la langue anglaise. Il y a dans cette phrase une leçon de lucidité et une mise en garde. Celle d’un monde où le mot précède désormais la pensée.

Un langage qui ne dit plus rien

Le constat est simple : nous parlons beaucoup, mais nous disons peu. La prolifération de messages, de formules et de slogans a dilué la valeur du mot. À force de simplifier, de répéter, de “faire réagir”, la parole publique s’est transformée en réflexe.

Orwell y voyait déjà un risque : celui de s’abandonner aux mots, de leur laisser “faire le travail à notre place”. Aujourd’hui, ce danger s’est banalisé. Les mots précèdent la pensée. Ils remplissent le vide plutôt qu’ils ne le comblent. Et, dans cette inversion du rapport entre sens et langage, c’est notre capacité collective à penser clairement qui s’érode.

Quand le langage gouverne à notre place

Le phénomène n’est pas marginal. Il touche autant le discours politique que celui des entreprises, des médias ou des institutions. Le mot devient performatif : il n’éclaire plus, il agit, il impose. Le jargon remplace la nuance.

Les “éléments de langage” remplacent la pensée. Et la stratégie de communication, censée structurer la décision, se retrouve parfois réduite à un jeu de formulations standardisées. Orwell rappelait qu’écrire clairement, c’est d’abord penser clairement. Et penser clairement, c’est refuser les formules toutes faites, les expressions convenues, la facilité du flou. C’est un effort conscient pour choisir, parmi toutes les possibilités du langage, celles qui servent le sens et non l’inverse.

Redonner au mot sa fonction première : éclairer

Chez Kairos & Chronos, cette exigence est centrale. Une communication n’a de valeur que si elle aide à mieux comprendre, décider, agir. Le mot juste n’est pas celui qui séduit ; c’est celui qui éclaire. Redonner du sens au langage, c’est redonner du pouvoir à la pensée. C’est replacer le discours dans sa fonction première : construire du sens commun, pas de la surface médiatique. C’est aussi une discipline stratégique : dans un environnement saturé, la clarté devient un levier d’influence et un marqueur d’autorité.

 

Orwell l’avait formulé avant l’ère numérique : le mot peut servir à manipuler, ou à révéler. Tout dépend de ce que l’on choisit d’en faire. En communication comme en politique, la responsabilité commence là : faire en sorte que les mots ne gouvernent pas à notre place.